Laure Dumas, créatrice d’effets « Waouh ! »

 
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Faisons un rêve : en quelques phrases, vous emballez un public qui ne vous connaît pas, vous vous révélez auprès de ceux qui croyaient vous connaître. Juste un pitch et vous voici un « professionnel inspirant ». Les gens viennent autour de vous, ils ont été touchés par ce que vous avez exprimé, ils vous le disent, les liens se resserrent autour de vous, vous ressentez jour après jour l’impact que vous avez su créer. Cela a un nom : l’Effet « Waouh! ». Et c’est le métier de Laure.

Un chapelet incohérent d’expériences

« J’ai travaillé pour une société d’urnes funéraires et un concept de garde collaborative d’animaux domestiques. »
Sur le papier, la carrière de Laure est un joyeux patchwork. Elle peut même prêter à rire tant elle est en décalage avec son élégance naturelle et la fluidité avec laquelle elle exerce son expertise aujourd’hui. Diplômée du Celsa, Laure est une femme de Com. Elle a commencé une carrière linéaire à la sortie de ses études : en agence, puis chez un annonceur. Elle enchaine les projets avec des marques en apparence peu sexy : fabricants de climatisation, d’ascenseurs, de volets, …


Le débordement de la sphère privée sur la sphère professionnelle

« J’ai suivi mon mari expatrié en Italie. Il travaillait beaucoup et j’envisageais cela comme une opportunité de vivre une parenthèse de maman ».
En Italie, Laure perd ses repères : à la fin de son break, elle refait son CV mais elle est paralysée par la barrière de la langue, une solide alliée dans sa carrière jusqu’à présent. Les opportunités se présentent, mais Laure a perdu le fil de sa carrière et ne parvient plus à faire confiance à son instinct : « Je ne savais pas si je devais cibler trop haut ou trop bas : je me sentais soit ridicule avec mon parcours, ou exploitée à cause du décalage entre la qualité de ce que je délivrais et mon salaire dérisoire. ». Trop vieille, trop junior, trop atypique, trop timorée, trop exigeante : Laure ne parvient plus à se positionner. Elle est dans la 3ème dimension et le monde est plat autour d’elle ! Et pourtant, Laure a vécu une partie de son enfance en Afrique : elle a une dimension internationale, elle le sent. Et c’est d’autant plus déstabilisant.

Puiser sa force professionnelle dans ses faiblesses

« Je suis en questionnement permanent sur ma légitimité: parler en public m’effraie; et pourtant mon métier, c’est la prise de parole en public. Je suis fascinée par le potentiel émotionnel de cette situation »
Lorsque la directrice du pôle speakers du TEDx lui propose de rejoindre l’équipe, laure est envahie par le syndrome de l’imposteur. Comment être légitime à coacher les speakers pour une expérience qui relève du cauchemar pour elle ? Elle le comprendra plus tard, cette peur naturelle lui a permis de développer d’une manière hors normes, des qualités précieuses pour son métier : une empathie qui lui permet de se calibrer avec les émotions de son client ; et elle va utiliser ces émotions comme levier de communication. Mais aussi une hyper sensibilité à ce qu’il faut réajuster pour atteindre la perfection. Laure surfe sur son aptitude à avoir peur pour accroitre l’impact de la prestation et balayer la route pour le confort de son client.

Dépasser ses freins, suivre son instinct

 « C’est devenu une évidence avec mon premier client : le dirigeant d’une grosse entreprise qui devait faire une présentation avec un fort enjeu devant 400 personnes. L’enjeu était énorme, pourtant j’ai fait cela très facilement et avec plaisir. »
Laure doute en permanence de sa légitimité mais le plaisir à exercer cette activité devient une boussole. Et les résultats sont là, exprimés par ses clients et leur entourage : « J’ai travaillé dans le confort et la confiance avec Laure, indique ce dirigeant. Elle a été déterminante pour atteindre un objectif que je croyais inatteignable. Mon discours a dénoté avec ceux de mes prédécesseurs et m’a véritablement posé comme dirigeant. Les collaborateurs étaient sidérés par la forme : sans Power Point, aucune note, avec une sincérité frappante et d’une grande simplicité. Ils ont été touchés par la vision et la sensibilité du discours. L’un m’a dit que j’avais donné l’envie et la fierté de travailler pour l’entreprise ; certains collaborateurs se rappelaient de certaines phrases du discours, ils franchissaient beaucoup plus facilement la porte de mon bureau ; souvent pour me remercier. Une proximité s’est mise en place. Jour après jour, j’ai vu qu’une forme d’autorité s’était installée et de cohésion au sein du Comité de direction. ». Laure s’autorise à cibler des professionnels qui lui donnent envie. Elle a mené une réflexion sur le point commun des projets sur lesquels elle a aimé travailler dans sa carrière. Et elle a compris qu’elle est sur son point d’excellence lorsqu’elle travaille pour des personnes animées par une passion et par une vision innovante sur leur métier. Elle révèle le professionnel dans toute sa sensibilité à travers sa passion : « Pour la préparation de la vidéo de présentation de mon site internet, j’ai dû répondre à toute une liste de questions sur mes émotions, mes échecs, mes difficultés explique une consultante en Ressources Humaines. Je n’avais jamais travaillé ces sujets ! »

Le métier s’impose comme une urgence

« Exercer mon activité est essentiel. J’ai rarement ressenti ce caractère impératif »
Laure a d’abord eu tendance à minimiser son expertise et elle ne comprenait pas qu’on puisse lui attribuer de la valeur. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’était une activité naturelle et facile pour elle ! Et elle pensait que tout le monde était comme ça… « Quand je travaille avec un client, je démarre toujours par un doute. Un doute mais pas de peur. Je n’arrive jamais en me disant que je sais. Je rentre dans une bulle avec mon client, je m’imprègne de la personne, de sa situation pour la traduire. C’est un état particulier pour prendre la substance et la digérer à ma manière. Je fais des propositions et la personne les valide. Et puis tout se déploie : le choix des mots, la structure, l’écriture… ». Ce que nous décrit Laure avec ses mots, c’est le flow : un état de concentration et de bien-être lorsqu’on on est sur son point d’excellence professionnelle. Il est impossible de découvrir seul son point d’excellence, générateur du flow : on l’exerce avec une telle facilité et rapidité qu’il est invisible à nos yeux. Par contre, les autres autour de nous le repèrent et ils nous sollicitent pour cela. En y réfléchissant, Laure a réalisé qu’au cours de sa carrière, elle a toujours exercé cette séquence d’actions correspondant à son point d’excellence. Tout simplement parce qu’elle ne peut s’empêcher de le faire. Et cela du plus loin qu’elle se souvienne…

De la carrière atypique à la carrière nomade…

« Mon mari est expatrié à Dubaï, nous déménageons cet été. J’adapte mon modèle professionnel pour continuer à travailler avec mes clients et je me développe à l’international. Je réfléchis notamment à un processus en collaboration pour travailler sur des discours en anglais. »
Laure repart vivre à l’étranger, mais elle est désormais dans une dynamique de carrière duale. Comment ? Tout simplement parce que sa motivation pour exercer son métier est très forte, et elle est devenue particulièrement créative pour mettre en place les conditions juridiques mais aussi logistiques pour le faire ! Et puis, ses clients comptent sur elle et s’adaptent aux nouvelles conditions de travail à distance. Sans qu’elle en prenne la mesure, tout son écosystème s’est transformé pendant qu’elle devenait celle qu’elle a toujours été…

Stéphanie Talleux

 
Stéphanie Talleux